Le poids des mots (ou la rédaction du faire-part)

Le poids des mots (ou la rédaction du faire-part)

Au début, vous n’aviez pas vraiment songé à l’importance du faire-part. Il faut dire que du jour où Pierre vous a demandé d’être sa femme, vous avez passé la semaine accrochée à votre téléphone pour annoncer la bonne nouvelle à vos copines et qu’une fois au courant, votre mère s’est chargée de prévenir le reste du pays.
C’est Marine, votre voisine d’open-space, qui vous a mise sur la piste autour d’un verre de vin blanc après le travail. Vous évoquiez avec excitation tous les préparatifs qui vous attendaient quand le sujet a été mis sur le tapis. « Et pour le faire-part, tu as choisi un modèle ? Ne tarde pas trop à les envoyer pour que les gens bloquent la date ! » Le faire-part ? Un modèle ? Vous avez marmonné une réponse vague, pas très convaincue, mais petit à petit l’idée à commencé à faire son chemin…

Vous vous souvenez très bien du premier faire-part que vous eu sous les yeux. Vous aviez dix ans et vous passiez l’après midi chez votre copine Céline.
Vous étiez en train de grignoter un bol de céréales Crunch en regardant un épisode de Buffy contre les vampires quand sa mère est entrée dans la pièce une enveloppe à la main. «Ta cousine Lucie se marie, on peut dire qu’ils mettent les petits plats dans les grands ». Et elle avait raison ! Selon la formule consacrée, Monsieur et Madame X invitait la famille Y au mariage de leur fille Lucie et de son fiancé, Emmanuel. Quelques lignes qui avaient parlé à votre imagination et évoquer pour vous des images du fameux Emmanuel (qui ressemblait pour vous à l’elfe blond du Seigneur des Anneaux) venant cérémonieusement demander la main de Lucie à ses parents après avoir reçu la permission de faire sa cour.
Et que dire du papier épais et brillant et de l’écriture calligraphiée dorée qui accompagnait le faire-part ? Vous aviez été emballée et vous étiez jurée que pour vous aussi, ça se passerait comme ça !

Adolescente, vous aviez admiré l’audace de cette héroïne de Sex and the city qui, pendant tout un épisode, fait des pieds et des mains pour que l’annonce de son mariage soit diffusée dans le New York Times (ou peut être le New York Star, vous confondez toujours).
Après avoir rédigé une annonce élégante et pleine d’esprit, elle traine son malheureux fiancé au milieu de Central Park pour prendre la pose et avoir une chance d’être sélectionné par le magazine. Quelques années plus tard, vous ne pouvez pas vous défendre d’une petite pointe d’envie et de satisfaction en imaginant votre bonheur étalé en pleine page sous les yeux de milliers de lecteurs… et peut être même ceux de Jonathan, ce triste individu qui vous a brisé le cœur en 2007.

Car aujourd’hui c’est votre tour! Les années ont passé, vous avez grandie et vous n’êtes pas sûre que le style un brin ampoulé des parents de Lucie soit vraiment votre truc. Ni celui de Pierre d’ailleurs. Et comme ni lui ni vous n’êtes célèbres (pour l’instant !), vous trouvez peu probable que les magazines soient très intéressés par la grande nouvelle. Il vous reste donc à trouver votre propre style. Classique ? thématique ? Coloré ? Sobre ? Le nombre de possibilités vous donne le vertige.
Vous demandez son avis à votre copine Alix qui en général est de bon conseil « Et pourquoi pas humoristique ? Venez nous offrir les assiettes que nous pourrons casser pendant le divorce ! » Mouais. Pas très convaincue, vous tournez et retournez le problème dans votre tête. Ce détail auquel vous n’aviez pas pensé au départ est en passe de devenir un élément primordial de votre mariage, le symbole de votre amour, l’allégorie de votre tendresse, la représentation de votre relation aux yeux du monde, le…

« Mon petit chat ! » Pierre fait irruption dans la pièce « J’ai créé un event Facebook pour le jour du mariage ! Bonne idée hein ? »
La représentation de votre relation aux yeux du monde, donc.

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